Dans les couloirs feutrés de l’Université de Bordeaux, sur les bancs prestigieux de la Sorbonne, au cœur des amphithéâtres de Dschang ... J'ai poursuivi un fantôme. Celui du bonheur parfait.
Imaginez un instant. Diplômes des meilleures universités accrochés aux murs, CV qui fait rêver, carrière internationale... Le genre de parcours qui fait briller les yeux des autres. « Elle a tout réussi », murmurent-ils. Si seulement ils savaient !
Il y a quelques jours, assise dans mon bureau avec vue sur le quartier le plus prestigieux de la capitale, j'ai eu cette épiphanie. Une réalisation aussi brutale qu'une gifle : peu importe les lignes ajoutées à mon CV, les zéros sur mon compte en banque, ou les félicitations reçues, le vide persiste. Comme un trou noir qui absorbe chaque accomplissement sans jamais se remplir.
L’Université de Dschang m'a appris à analyser des cas complexes, mais pas à décrypter le paradoxe de ma propre existence. Bordeaux m'a enseigné les plus grandes théories, mais pas la formule du contentement. La Sorbonne m'a initiée à la philosophie, sans pour autant m'apprendre à philosopher sur mon propre bonheur.
J'ai gravi tous les échelons de l'excellence académique comme on gravit l'Everest pour découvrir qu'au sommet, l'air est peut-être trop rare pour respirer.
Dans les dîners mondains, je souris poliment quand on me demande le secret de ma réussite. Si seulement je pouvais leur dire que chaque « accomplissement » n'a fait qu'ajouter une nouvelle pièce à ce théâtre de l'absurde.
Paris, New-York, Genève, Monaco ... J'ai traversé les continents, collectionné les diplômes avec à chaque fois, la même promesse silencieuse: Le prochain sera le bon!
Mais voilà le plus cruel des paradoxes : plus j'accumule les succès, plus le vide s'intensifie. Comme si chaque nouvelle réussite ne faisait que souligner l'absence de ce je-ne-sais-quoi que tous ces diplômes étaient censés m'apporter.
Aujourd'hui, je réalise que peut-être, la vraie réussite n'est pas dans l'accumulation frénétique de succès. Peut-être se cache-t-elle dans ces petits moments que j'ai sacrifiés sur l'autel de l'excellence. Ces instants de pure existence que j'ai négligés, trop occupée à courir après le prochain diplôme, le prochain poste, la prochaine validation.
Et si la plus grande leçon de toutes ces années d'études n'était pas dans les livres ? Je n'ai pas encore toutes les réponses. Peut-être que je ne les aurai jamais. Mais pour la première fois, je commence à me demander si la vraie richesse n'est pas dans les questions elles-mêmes.
Durant mon habituelle ronde sur Tiktok, je suis tombée sur une vidéo d’André Comte-Sponville qui disait : « Tant que je n’aime et ne désire que ce qui me manque, je n’aime et ne désire que ce que je n’ai pas, je n’ai donc jamais ce que je désire, je ne suis donc jamais heureux ».
Exemples: 1. L’agrégation ne peut faire que le bonheur de quelqu’un qui n’est pas agrégé, mais, l’agrégation ne fait pas son bonheur puisqu’il n’a pas l’agrégation et qu’il la désire parce qu’elle lui manque. Et elle ne fait non plus le bonheur de l’agrégé car il l’a déjà obtenu. En conséquence l’agrégation ne manque plus à l’agrégé, ce qui le rend incapable de la désirer ou de l’aimer.
2. Le chômeur qui sort de 18 mois de galère et qui finit par avoir un CDI bien rémunéré. Le problème c’est que depuis qu’il a été embauche, le travail ne lui manque plus, il en a même en grande quantité et il commence rapidement à s’ennuyer. Parce que si le désir est manque, des lors que le travail ne lui manque plus, il ne désire plus travailler.
Souffrance parce que je désire ce que je n’ai pas et je souffre de ce manque, ennui parce que j’ai ce que des lors je ne désire plus. Souffrance du chômeur, ennui du travailleur, souffrance du chagrin d’amour ennui du couple.
Au fond le secret de la santé psychique serait alors d’accepter le réel tel qu’il est, non pas pour se résigner mais parce que c’est la seule façon de le transformer. Peut-être que la rédemption n’est pas dans la réalisation de ses désirs mais dans l’illusion qu’ils nous apporterons la paix.
J’aimerais bien terminer sur une note héroïque, mais à vrai dire je suis encore plus perdue que vous tous. Je n’y suis pas encore arrivée.
Peut-être que Georges Bernard Shaw avait raison: « Il y’a 2 catastrophes dans l’existence : la 1ere c’est quand nos désirs ne sont pas satisfaits, la seconde c’est quand nos désirs sont satisfaits ».
Excellente semaine mes gens.
X.o.X.o 🌸
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